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Médecins sans famille
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Madame B. est sortie de réanimation en compagnie de sa petite fille. Le jeune accidenté est en rééducation. Et moi je suis encore de garde en réanimation. Je me dirige vers la salle de repos du bloc opératoire et retrouve les infirmières anesthésistes et les infirmières du bloc en grande discussion. L’une d’elle posait une question à sa collègue :

  

-         A ton avis quel est le point commun entre les assassinats par des bombes humaines, des voitures piégées, des missions suicides dont les victimes sont à chaque fois des hommes et femmes innocents et des enfants sans défense ?

-         La religion, l’islam , le prophète Mohammed

-         Exactement et la caricature par définition repose sur une perspective subjective basée sur une perception personnelle.

-         Et donc forcément si un artiste décide de caricaturer ces horreurs, son choix est le visage du prophète. A qui la faute ?

-         A la communauté musulmane.

-         Il faut savoir par contre que cette crise a commencé en septembre 2005, lors de la publication par ce journal danois, d’une caricature de Mohamed, qui paraissait dans le rôle d’un terroriste. Alors pourquoi avoir attendu quatre mois avant de réagir ?

-         ….

-         Je me demande si les dessins de Mohammed méritent-ils tant de bruit ?

-         En tous cas pas au point de se poser des questions sur la liberté d’expression.

-         On parle moins de l’Iran et le nucléaire de l’Irak des assassinats commis au Liban et d’autres…

 

Le téléphone sonne. C’est les infirmières de réanimation qui m’invitent à manger avec elles.

-         Bonne nuit. Et je quitte la salle de repos le plus rapidement possible.

La nuit est calme. Pour une fois on prend le temps de manger et de discuter d’autres choses que l’actualité.

 

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J'kaz !
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Mercredi 08 Février 2006Poster un commentaire

05h00

 

Toutes les équipes extérieures sont reparti. Il ne reste au bloc que les infirmiéres du bloc opératoire, les aides soignantes, la coordinatrice et le corps de la défunte. Une toilette soigneuse est effectué. Le corps est emporté à la chambre mortuaire de l’hôpital.

 

 


 

Dimanche 5 octobre 03

 

10h00

Comme convenue la veille au cours de l’entretien, la coordinatrice téléphone à l’époux et conviens avec lui d’une heure de rendez-vous à l’hôpital pour l’accompagner à la chambre mortuaire.

 

 

14h00

La famille arrive. Il est parfois difficile pour les familles de retourner dans le service de réanimation.

La coordinatrice les accompagne jusqu’à la chambre mortuaire. Monsieur N… et ses deux fils peuvent se recueillir. C’est un moment particulièrement difficile même si, hier ils ont compris que c’était fini. C’est aujourd’hui qu’ils sont confronté à la réalité de la mort.

 

Comme convenu, la question du Don n’est pas abordée. Ils ont dit la veille à ce qu’ils ne souhaitaient pas en reparler. Peut-être que dans une semaine, ou 6 mois, ou à la date anniversaire rappelleront-ils pour demander des nouvelles des receveurs, ou juste pour parler.

 

Maintenant, eux ont le dur chemin du Deuil à parcourir, avec l’apaisement d’avoir respecté la volonté de leur épouse et mère. Les receveurs, eux vont vers la guérison avec dans le cœur un merci.

Merci A.V.

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Lundi 06 Février 2006Poster un commentaire

La salle de repos vaut le détour. La discussion, actualité oblige, est sur les caricatures de Mahomet. A 4 h du matin c’est vraiment excitant. La confusion a atteint son comble dans cette affaire. La liberté de la presse vis-à-vis des pouvoirs politiques et religieux demeure un principe fondamental du système démocratique qui ne saurait être remis en cause. Le chirurgien reproche au journal le caractère outrancier des caricatures. L’infirmière n’accepte pas que des religieux dictent leur lois. Mais la simple représentation imagée du Prophète pose question pour la religion musulmane. Respect des autres ? liberté d’expression ? trop compliqué et la meilleur tactique pour moi est de retourner en salle d’opération. La coordinatrice, l’air triste, se prépare a rencontrer la famille du défunt. La nuit est longue et je ne voit plus clair. Je n’ai que ma mémoire pour me tenir compagnie. Les événements, les lieux, les personnes s’emmêlent dans ma tête. J’ai envie de rire. Dormir, oublier. Il fait nuit et je suis gris. Dormir, oublier. Heureusement que la relève ne va pas tarder. Je regarde l’infirmière anesthésiste occupée à noter sur la feuille de surveillance toutes les données en rapport avec la chirurgie. Je ne quitte plus la salle avant la fin.

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J'kaz !
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Vendredi 03 Février 2006Poster un commentaire

18h20

            L’infirmier de réanimation prélève des tubes de sang. Certains sont envoyés au Laboratoire de Virologie en Urgence

 

L’administrateur de garde se déplace pour valider la procédure d’un point de vue administratif. Le procès verbal de mort encéphalique a été signé par deux médecins thésés, indépendant de toute équipe de transplantation. Le registre national des refus (Registre Informatisé, géré par L’agence bio-médecine, sur lequel toute personne de plus de 13 ans peut s’inscrire pour faire part de son refus de prélèvement soit à des fins thérapeutiques, soit à des fins d’autopsie, soit à d’autres fins scientifiques, soit dans plusieurs de ces trois cas). a été interrogé, aucune opposition n’a été retrouvé. La procédure est correcte, il signe le formulaire de validation.

 

            En réanimation les soins se poursuivent. Mais, Mme N… n’est plus une patiente comme les autres, même si son cœur bat encore, elle est décédée. Il ne s ‘agit plus de la sauver, mais de protéger les organes pour respecter son souhait de soigner après sa mort. Il nous faut apprendre à donner un autre sens à nos actes.

Le réanimateur et la coordinatrice complète le dossier de régulation de l’A.B.M., c’est avec tous ces renseignements transmis par télécopie que des receveurs compatibles vont être recherchés.

 

 

22h00

            Des patients compatibles ont été désignés par l’A.B.M.. Les équipes chirurgicales en charge de ces patients contactent la coordinatrice pour convenir de l’heure de l’intervention. C’est l’équipe qui va transplanter, qui se déplace prélever les organes.

 

23h00

            La famille revient. C’est la souffrance et la douleur. Toute l’équipe est présente pour la soutenir.

 

00h00

            Entrée au bloc opératoire. L’anesthésiste, les infirmières anesthésistes installent les capteurs pour la surveillances des paramètres vitaux. La salle a été préparée par les IBODE (Infirmier(ère) de bloc opératoire diplômé d’Etat.), les mesures d’asepsies sont identiques à celles d’une autre intervention chirurgicale.

 

            La coordinatrice accueil les différentes équipes et vérifie avec eux leur matériel spécifique.

            L’urologue débute l’intervention, il fait la laparotomie (Ouvert-ure chirurgicale de la cavité abdominale) et prépare les reins pour l’explantation (Opération consistant à extraire un organe), puis le chirurgien hépatique intervient. Environ une heure plus tard, le chirurgien thoracique « entre »dans le champs opératoire. Les IBODE servent l’intervention. Il faut anticiper sur les gestes des chirurgiens. Ce n’est pas évident, c’est la première fois qu’elles assistent à ce type d’intervention.

Le cadre du bloc est impressionné par le calme qui règne en salle, et la coordinatrice par le professionnalisme de l’équipe. 

03h16

            Clampage aortique. C’est à ce moment que la circulation sanguine est arrêtée, que le cœur s’arrête de battre. Moment difficile pour tous.

Rapidement le chirurgien thoracique explante le greffon bi-pulmonaire, le conditionne pour le transport et repart greffer le receveur. La transplantation doit avoir lieu dans les 4 heures.

Le chirurgien digestif effectue l’hépatectomie (.Ablation du Foie) Six à huit heures plus tard, le greffon sera de nouveau irrigué par le sang du receveur. L’urologue intervient, il prélève les 2 greffons rénaux. C’est lui qui suture. La seule trace du Don, c’est une cicatrice, recouverte par un pansement, comme pour une autre intervention.

 

La suite demain…..

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J'kaz !
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Jeudi 02 Février 20061 commentaire(s)

Madame B. est en voie de guérison. Elle se réveille doucement, et on espères la voir serrer sa petite fille dans ses bras. On sait qu’il faut encore patienter quelques heures. Le jeune garçon est toujours en réanimation et son état est toujours inquiétant.

Pas de repos, on nous annonce l’arrive dans l’hopital d’un patient tres probablement en état de mort encéphalique.

Je vous rapporte ici l’histoire en forme de chronique :

 

16h25

            Le radiologue signe le compte rendu d’artériographie cérébrale : il n’y a plus aucune vascularisation. Mme N… est en état de mort encéphalique. Son cœur continu à battre pour quelques heures grâce à la réanimation, mais son cerveau est irrémédiablement détruit. Le médecin réanimateur rencontre la famille, annonce le décès et leur explique cet état particulier.

 

17h00

            Lorsqu’un patient est en état de mort encéphalique, il faut envisager un don d’organes. Le réanimateur appelle la coordinatrice d’astreinte (Infirmière spécialisée ou  non, cadre ou non. Assurant sa fonction sous l’autorité du Directeur de l ‘établissement de santé. Elle est notamment chargé d’assurer l’accueil des familles et de participer au bon déroulement des activités de prélèvement). Son rôle est de discuter avec le médecin et les proches du Don. La loi dit : « recueillir le témoignage du défunt auprès des proches ». Elle informe les familles qui le souhaitent sur le déroulement d’un prélèvement.

 

17h30

            L’époux, les 2 fils sont là. Le médecin a déjà abordé avec eux la question du Don. Monsieur N… pense que sa femme ne se serait pas opposé au Don. L’un de ses fils nous dit qu’ils en avaient discuté tous les deux : sa mère était pour. L’autre fils demande de ne pas toucher au visage, au regard surtout. Il n’y aura pas de prélèvement de cornées. La coordinatrice est le garant moral de la famille.

Ils vont tous trois rentrer chez eux, mais souhaitent revenir tout à l’heure, avant le départ au bloc, pour un dernier au revoir.

 

            A partir de ce moment le prélèvement doit être organisé le plus rapidement possible car l’état de mort encéphalique détruit peu à peu les organes. Mme N… voulait donner pour soigner. Pour respecter ce souhait, nous devons tous, tout mettre en œuvre pour prélever et transplanter rapidement.

  

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J'kaz !
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Mardi 31 Janvier 2006Poster un commentaire
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