Discrimination d'Etat, par Faouzi Lamdaoui
LE MONDE 13.01.06 14h04
Plus de 6 500 praticiens hospitaliers sont les otages de notre politique de santé, qui bloque leur titularisation. Ils ont le tort de posséder à la base un diplôme hors Union européenne. Pourtant, ils veillent depuis des années sur la santé des Français. Ne leur doit-on pas un minimum de reconnaissance ?
La multiplication des "statuts intermédiaires" et les aménagements de la législation au coup par coup n'ont fait que compliquer la donne. Conséquence : quelque 6 750 médecins sont plongés dans une situation de précarité qui confine à l'humiliation. Même lorsqu'ils accomplissent leur spécialité en France et affichent plusieurs années d'ancienneté, ils demeurent "associés" : assistant associé, praticien attaché associé, faisant fonction d'interne... Ce qualificatif d'"associé" est à lui seul significatif de la discrimination institutionnelle dont sont victimes des pans entiers de nos praticiens, Français dans leur majorité ou en cours de naturalisation.
Autrement dit, ces derniers sont condamnés à exercer sous la tutelle d'un chef de service sans espoir de s'en affranchir et avec le risque de se faire licencier du jour au lendemain. En outre, ils ne peuvent ni jouir d'une évolution de carrière normale ni s'orienter vers le secteur privé, et encore moins s'inscrire au conseil de l'ordre des médecins. Ces praticiens de seconde zone gagnent jusqu'à 50 % de moins que leurs collègues à diplôme français, alors qu'ils font le même travail avec encore plus de contraintes, compte tenu du volume des gardes qu'ils effectuent pour arrondir leurs fins de mois.
Leur employeur, en l'occurrence l'Etat, s'entête à contester la contribution de cette catégorie de praticiens qu'il a lui-même créée au fonctionnement des hôpitaux. Or leur dévouement au service des malades tout comme les responsabilités qu'ils assument quotidiennement témoignent de leurs aptitudes.
De surcroît, face à une pénurie cruelle de médecins, la France a besoin de leurs services. Leur rôle dans la continuité des soins sera de plus en plus incontournable avec le départ programmé à la retraite de près de 20 000 médecins. Parmi les praticiens concernés, certains sont titulaires d'un diplôme interuniversitaire de spécialisation (DIS) ou d'autres diplômes délivrés par les universités françaises. Au-delà de l'injustice, c'est le prestige de la France qui en prend un coup. Qu'un pays délivre des diplômes pour ne pas les reconnaître ensuite est un cas unique.
Le ministère veut instaurer un concours ultra-sélectif pour autoriser des médecins déjà en exercice à pratiquer la médecine ! A juste titre, ces praticiens considèrent que ce concours est un déni des compétences qu'ils mettent tous les jours au service du malade. Et, pendant ce temps, les hôpitaux continuent à recruter à tour de bras des praticiens étrangers. A l'inverse d'autres professions, l'irrégularité du séjour ne leur est même pas imposée, vu l'urgence.
Au moment où le débat sur l'égalité des chances bat son plein, la classe politique dans son ensemble est interpellée sur la discrimination institutionnalisée des praticiens à diplôme étranger.
Elle se doit de réagir. Elle doit exiger que les diplômes des praticiens étrangers soient validés et reconnus, qu'ils soient titularisés et disposent des mêmes droits que leurs confrères.
L'heure est grave car, outre le fait discriminatoire, nous sommes en présence d'un cas flagrant d'exercice illégal de la médecine à grande échelle, organisé par l'Etat lui-même.
Faouzi Lamdaoui, homme politique, est secrétaire national adjoint à l'égalité des chances du Parti socialiste.
Article paru dans l'édition du 14.01.06